La notion de Nouveau Monde

Le sens des mots

Que signifie ce terme « Nouveau Monde » ? A vrai dire, pas grand chose sur le plan géologique, puisqu’on ne peut pas prétendre qu’une partie de notre planète soit née avant une autre ! D’ailleurs, les plus anciennes formations géologiques supportant des vignobles sur notre terre se trouvent dans deux pays du Nouveau Monde : l’Afrique du Sud et l’Australie. Bien entendu ce terme est lié à une vision de l’histoire du monde, celle de l’Europe et, un peu plus largement, celle du bassin Méditerranéen. En clair, on signifie par cette expression que la culture de la vigne dans la zone Méditerranéenne, puis dans d’autres parties de l’Europe, est bien plus ancienne que dans les pays situés de l’autre côté de l’Atlantique ou dans l’Hémisphère Sud. En effet, les premières vignes plantées dans ces parties du monde datent du 16ème siècle, alors que la vigne à vin était cultivée depuis environ 7000 ans dans le Caucase, et depuis 3500 ans en Grèce, en Bulgarie ou en Roumanie.
 


La performance des vins du Nouveau Monde

Une histoire plus courte a des avantages pour un producteur de vin : notamment celui de ne pas être encombré de préjugés et idées reçues diverses. L’obligation est d’aller plus vite, et l’opportunité est d’apprendre des autres, puisqu’on n’a pas le temps de patienter des siècles pour acquérir une légitimité historique. Cette légitimité, les pays du Nouveau Monde l’ont donc acquise uniquement par la qualité de leurs vins. Insignifiants sur le plan mondial il y a 40 ans, ils comptent pour près de 30% dans le marché mondial des vins aujourd’hui. Ce n’est pas le fruit du hasard, ni le seul fait de « grandes sociétés » et d’une approche marketing agressive, comme on l’entend souvent. Au-delà d’une réalité indiscutable, celle de vins produits en énormes volumes par des grandes groupes (et souvent très bien faits, d’ailleurs), il existe sur le terrain de multiples producteurs de petite et de moyenne taille en Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud ou aux Amériques. Pour dénicher ce type de vins, dont beaucoup se vendent essentiellement sur leur marché domestique, il faut une bonne connaissance de ces vignobles lointains.
 


Une diversité insoupçonnée et des trésors cachés

Lorsque l’on se trouve à grande distance d’un pays, il est tentant de percevoir les caractéristiques climatiques de ce pays par une vision très générale et approximative qui comporte souvent de nombreux amalgames. On dit, par exemple, que l’Australie est un pays à climat chaud, alors que l’échelle continentale de ce pays, sans parler de l’influence des océans et des montagnes, implique de grandes variations entre les climats locaux (meso-climats) qui sont déterminants pour la culture de la vigne. Il faut ajouter à cela que le grand changement des 20 dernières années dans tous les pays du Nouveau Monde est indiscutablement la recherche permanente de zones plus fraîches pour cultiver la vigne.  Les premières plantations dans ces pays étaient souvent dictées par des considérations pratiques, telles que la proximité des grandes villes pour faciliter le transport. Aujourd’hui, dans tous ces pays, on explore des espaces auparavant vierges de vignes, proches des océans ou en altitude, à la recherche d’une plus grande fraîcheur dans les vins. Cette liberté de planter dans de nouvelles zones, ainsi que des re-plantations successives, ont amené un autre changement profond dans l’approche du vigneron du Nouveau Monde : la recherche d’un bonne adéquation entre site et cépage. Auparavant on avait tendance à planter une large gamme de cépages sur chaque domaine afin de proposer du choix à sa clientèle, et aussi tester le potentiel de son site. Aujourd’hui ce potentiel est mieux cerné, et les régions et sites se spécialisent de plus en plus dans les variétés en adéquation avec leurs conditions. Le résultat de ces deux changements profonds est une plus grande diversité dans les styles des vins, mais aussi une plus grande justesse dans leur expression. L’émergence d’une tendance fortement régionaliste dans l’organisation de la production de tous les pays du Nouveau Monde est une conséquence logique de ce qui précède, mais aussi de la demande interne de ces marchés, qui souhaite retrouver des différences stylistiques dues aux conditions naturelles variables.
Enfin, et malgré la jeunesse d’une bonne partie du vignoble, certains de ces pays possèdent des vignobles historiques qui sont de véritables trésors de la viticulture mondiale, avec des vignes, souvent non-greffées, ayant plus de 100 ans. Les plus vieilles Syrah (Shiraz) du monde se trouvent dans la région de Barossa en Australie, et le Chili, comme l’Argentine, possède des Malbecs francs de pieds d’un âge équivalent.
 


La législation dans les pays du Nouveau Monde

Elle est en générale bien plus simple que celle en vigueur dans des pays comme la France. Pour simplifier un peu, on peut planter ce que l’on veut ou on veut, mais l’origine du vin, comme le cépage, doivent être conformes à ce qui est indiqué sur l’étiquette. Dans les niveaux d’entrée de gamme, l’assemblage se pratique souvent sur une zone très large. Dans ce cas, c’est le pays entier, la province/state, parfois plusieurs provinces (exemple : la mention South-East Australia, qui comporte les trois Etats de New South Wales, South Australia et Victoria), qui figurent sur l’étiquette, sous le nom du producteur. Mais, comme nous l’avons déjà indiqué, de plus en plus de vins, surtout des catégories médianes et supérieures, proviennent de zones précises et définies, reconnues par les instances nationales et par la critique internationale. Les American Viticultural Areas (AVA) sont un exemple, mais on trouve l’équivalent en Afrique du Sud, Amérique du Sud, Australie et Nouvelle Zélande. 
En ce qui concerne l’indication du cépage sur une étiquette, s’il s’agit d’une indication de cépage unique, il existe, dans la plupart de ces pays ou régions, une tolérance de 15% (au maximum) d’autres cépages. Ce qui ne veut pas dire qu’il est obligatoire d’assembler ainsi. La chaptalisation est totalement interdite dans tous ces pays, sauf en Nouvelle-Zélande à cause de la fraîcheur de son climat.


Les systèmes de réglementation viticole dans les pays du Nouveau Monde et leurs date d'implémentation

  • Afrique du Sud : Création du Wine of Origin en 1973
  • Etats-Unis : Federal Law mettant en place les American Viticultural Areas (AVA) : 1976
  • Nouvelle-Zélande : Fondation du Winemaker Levy Act en 1976
  • Australie : Mise en place de l'Australian Geographical Indication en 1993
  • Chili : Création des Denominacion de Origen en 1994
  • Les lois argentines contrôlent le marché du vin sans pour autant avoir créé un organe spécifique.
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